Paroles - La Ronde des Arts en Morvan

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Paroles

La galerie des poètes

Les yeux verts

Un matin a sept heures à la station Kleber
J’ai croisé ton regard avec tes beaux yeux verts
Mais hélas dans la foule des parisiens pressés
Tu avais disparu quelques secondes après
Ma journée de travail parut interminable
L’attente du lendemain me fut insoutenable
Venant par la ligne 6 de place d 'Italie
Je me précipitai pour veiller la sortie
Après une heure d'attente je te vis arriver
Tu étais souriante aussi accompagnée
Et cette foi ton regard ne croisa pas le mien
J'eus l'espace d'un instant comme un peu de chagrin
Mais la vie continue mon ciel devint plus clair
Un matin a sept heures a la station Kleber

Henri Perceau
Douce, ma France

Ils sont ancrés, dans ma mémoire,
Tant de souvenirs, par milliers,
Faits d’anecdotes et d’histoires
Du temps où j’étais écolier.
Pardonnez moi, Monsieur Trénet
Et n’y voyez aucune offense,
Si je me prends à chantonner
Le cher pays de mon enfance.
 
Ce pays où j’ai vu le jour,
Cette province, cette Algérie,
Que nous aimions du même amour,
Que la France, notre Patrie.
Ce mot, pour nous, sans arrogance,
Avait alors sa vraie valeur.
Notre Algérie et notre France
Ne faisaient qu’un dans notre cœur.
 
Et quand il a fallu mourir
Pour Verdun, Dunkerque ou Paris,
Chaque fois on vit accourir
Tous ces petits gars d’Algérie.
Antoine, Isaac ou Mohamed,
Sergio, Pascual ou Barnabé,
La France les appelait à l’aide,
Beaucoup d’entre eux y sont tombés.
 
Ils sont ancrés dans ma mémoire,
Tant de souvenirs, par milliers,
On ne peut pas refaire l’histoire
Et on ne peut pas oublier !
Nous vivions là, nous étions nés,
Dans ce pays, ce bout de France
Qui reste, au bout de tant d’années,
Le cher pays de mon enfance.
 
Mais l’intérêt d’un petit nombre
Et quelques enjeux politiques,
Ont masqué d’un grand voile sombre,
Notre éclatant soleil d’Afrique.
Ils ont dressés, front contre front,
Ceux qui, la veille encore, ensemble,
Tiraient avec un ballon rond
Dans un but fait de deux cartables.
 
Le plus grand nombre d’entre nous
N’avaient, en guise de fortune,
Que tant de rêves les plus fous
Et, dans nos poches, peu de tunes.
Ouvriers, employés, fellahs,
Petits commerçants, artisans,
Ne logeant pas dans des villas,
Mais si heureux, bon an mal an !
 
Ils sont gravés, dans ma mémoire,
Je ne peux pas les oublier,
Tous ces visages, tous ces regards,
De mes frères Pieds-Noirs humiliés.
L’ouragan les avait jetés
Sur cette terre de Provence.
Ils se sont sentis rejetés,
On ne voulait pas d’eux, en France.
 
Aujourd’hui, après tant d’années,
Beaucoup sont aux premières places.
Sur la terre où nous étions nés,
Pas question de perdre la face.
Avoir l’orgueil bien accroché,
Et savoir aussi faire la fête,
N’est rien qui pourrait empêcher
En son pays d’être prophète.
 
Ils sont gravés dans ma mémoire,
Les noms de tous mes camarades,
Amis, parents, pour qui l’histoire
N’est qu’une triste mascarade.
Nous vivions là, nous étions nés
Dans ce pays de notre enfance.
Si, aujourd’hui, ils revenaient,
Combien serait douce, ma France !
 
Ô.Ravan-2005
Entendre votre voix
 
Bien calé sur mon bras, de tes yeux grands ouverts
Ne quittant pas les miens, tu m’écoutais chanter.
Je ne fredonnais pas la chanson de Prévert,
Ni même l’aventure du vaillant chat botté.
Mais les refrains gaillards de l’ami Georges Brassens,
Qui très rapidement, versaient sur tes paupières
Une poignée de sable, que ce sacré marchand
Que nul n’a jamais vu, puisait dans sa carrière.
 
De toute la tendresse que peut donner un père,
À son fils, son enfant, mon cœur soudain brûlant
Paraissant éclater, tel un orage éclair.
Je devenais alors, l’espace d’un instant,
Ce tout petit garçon, que j’ai été naguère.
Juché sur les genoux d’un gai tambourineur,
De mon propre papa qui scandait un bel air,
Sur le coin de la table, pour mon plus grand bonheur.
 
Quelques années passant, qui donc est arrivée
Pour former à nous quatre, une famille heureuse ?
Toi, ma jolie brunette, mon enfant désirée,
Si fort que ta naissance n’avait rien d’hasardeuse.
Devenue collégienne, que j’aimais tes fous-rires
Quand jouant l’ignorant, de tes textes d’Anglais
Je massacrais l’accent, dans un croissant délire
Sentant fondre mon cœur, rien qu’à te regarder.
 
Il est si loin, ce temps et vous, si loin de moi !
Et pourtant chaque jour, chaque heure et chaque instant,
L’espoir de seulement, entendre votre voix
Occupe mes pensées, douloureux pincement.
Cet espoir vain, sans doute, assombrit mon humeur
Mais veille tout près de moi, d’un amour absolu,
 
Celle qui sans un bruit, a réveillé mon cœur
Et tout mon désarroi, doucement s’atténue.
 
Ô.Ravan-2022
Flo
 
Vous étiez entrée dans ma vie,
Sans prévenir et par surprise.
Pour moi, la table étais servie,
Ce soir d’automne quatre vingt dix.
 
Pourtant, la voile n’est pas mon fort,
Je lui préfère « les yeux d’Elsa ».
Mais vous illuminiez ce port
Et votre éclat me bouleversa.
 
L’écran de la boîte à images
Vous montrait victorieuse et fière.
Tous ces gens vous rendaient hommage
Et vous, vous n’étiez que lumière.
 
Jamais je n’avais été fan
De chanteuses ni de vedettes.
Hilare, je contemplais ces ânes
Qui pour des stars perdent la tête.
 
Depuis, chaque fois, à l’écran
Ou sur les pages d’un magazine,
Votre sourire à pleines dents
Faisait se gonfler ma poitrine.
 
Oh je n’étais pas amoureux
Mais vous n’étiez ni froide ni fière.
Et vous voir me rendait heureux,
Comme on l’est pour une amie chère.
 
Le sort brutal et implacable
Vient de vous faucher, je l’ai vu.
Ce soir encore j’étais à table,
Mais vous, vous ne sourirez plus.
 
Ô.Ravan-2015
Lendemain du décès de Florence Arthaud
La lumière
 
La nuit, tout doucement,
Etend son voile sur la terre.
Au loin, le firmament
Rougeoie encore sur la mer.
 
Pas un croissant de lune.
La vie s’endort, tout est silence.
Et la torpeur nocturne
Favorise mon indolence
 
Voilà que je m’endors
Et Morphée, bonne fille m’enlève
Déjà dans ses draps d’or
Pour me déposer dans mes rêves.
 
Une boule de feu fonce soudain sur moi.
Je rue, je crie mais aucun son
Ne jaillit de ma gorge. Je suis glacé d’effroi.
Glacé ? Pardi, bien sûr que non.
 
Bien au contraire, je sens que ma peau est en feu.
Je suis impuissant, prisonnier,
Je lutte pour pouvoir ouvrir enfin les yeux
Sous ce beau soleil de juillet.
 
Un malin coup de vent
A ouvert, large mon volet.
Et sans ménagement,
La lumière m’a réveillé.
 
La lumière, la vie !
La lumière qui régénère
Tout ce monde endormi,
Qui ouvre et qui libère
 
Bourgeons aux doigts serrés
Telles des mains vertes qui se tendent,
Fleurs aux paupières fermées
Fusant de couleurs en offrande.
 
Je porte mon regard au bout de l’horizon.
Dans la lumière, l’herbe frissonne
Et les arbres, agitant leurs branches à l’unisson,
Saluent une cloche qui sonne.
 
Il est là, tout resplendissant dans la lumière
Qui le façonne et le féconde
Il est là, dans ma poitrine mon cœur se serre,
Mon pays, le plus beau du monde.
 
Ô.Ravan-2015
Le petit enfant nu

Pendant tant de jours et de jours,
Nous l’avons attendu ce jour,
Ce soir plutôt puisqu’à présent,
La nuit tombe sur nos maisons.
 
Déjà,
Sous l’arbre tout illuminé,
J’ai placé mes petits souliers.
 
Voilà !
Il ne me reste qu’à attendre
Celui qui va bientôt descendre.
 
Dis-moi,
Crois-tu qu’il pourrait se tromper
De maison ou bien m’oublier ?
Faut-il vraiment que je m’endorme
Au lieu de guetter le bonhomme ?
Car je voudrais lui demander
S’il pense à aller visiter,
 
Là-bas,
Au fond de son tonneau sans toit,
Ce petit garçon qui a froid.
 
C’est moi
Qui ai coupé dans ton journal
Cette photo qui m’a fait mal.
 
Ce petit d’homme presque nu,
A présent qu’est-il devenu ?
J’ai envoyé au père Noël
La photo pour qu’il se rappelle
Qu’il faut rendre au petit garçon,
Ses parents, ses frères, sa maison.
 
Noël !
Quand ils ont appris la nouvelle,
Rois et bergers, suivant l’étoile
 
Au ciel,
Ensemble vinrent se prosterner
Devant celui qui les sauvait.
Je voudrais que rois et bergers
S’en aillent à leur tour sauver
Ce petit d’homme presque nu,
Tout seul dans ce qui furent des rues.
 
Ensemble,
Il leur faudra aller là-bas,
L’étoile saura guider leurs pas.
 
S’il tremble
De froid ou de peur, s’il a faim,
Ils n’auront qu’à prendre sa main,
 
Ensemble,
Pour qu’en son jardin dévasté,
Les fleurs enfin puissent repousser.
 
Ô.Ravan-1979
Morvan

Nous en avions parcouru des chemins,
L’un l’autre, sous divers cieux, bon an, mal an,
Mais toujours menant nos tâches à bien,
Comme deux très laborieux artisans.
 
Nos routes un beau jour s’étant croisées,
Par un bienheureux caprice du destin,
Il nous est venu cette belle idée
De joindre dès ce jour nos lendemains.
 
Le hasard, bon bougre nous a souri,
Poussant nos pas comme par un bon vent,
Et révélant à nos yeux éblouis,
La fabuleuse beauté du Morvan.
 
A chaque saison, son beau paysage,
A chaque moment, le cœur soudain bat.
Chaque jour nous semble un nouveau voyage,
Chaque salut d’un passant, et voila !
 
Du lac de Pannecière, au Mont Beuvrey,
Jusqu’au petit paradis des Settons,
Halte à la basilique de Vezeley,
A la Maison du Parc à Saint-Brisson,
 
Il n’en faut guère plus à qui le veut,
Pour vivre en harmonie avec la terre,
Avec les arbres et avec tous ceux
Pour qui la vie se chante sur tous les airs.     
 
Ô.Ravan-2022
Retour en Essonne

Au concours de la vie, trop jeune présenté,
Bien malgré moi, poussé par la nécessité,
Triomphant des épreuves ou bien rongeant mon frein,
J’ai connu des pays et croisé des chemins
Où, au fil des années, j’ai bien roulé ma bosse
Et où même, parfois, j’ai pu rouler carrosse.
 
A l’heure du répit, que mon horloge sonne,
J’ai suivi mon étoile jusqu’en ce coin d’Essonne
Et j’y ai retrouvé ces châteaux, ces églises,
Ces forêts où, jadis, je rêvais à ma guise.
Flânant au bord de l’eau, la Juine ou la Velvette,
J’ai replongé ma ligne au courant de l’Yvette.
 
Au bois de Saint-Eutrope, voyageur peu pressé,
J’ai pris le petit train, remontant le passé.
A Bièvres, en collègue, scribouillard mégalo
J’ai suivi, pas à pas, Monsieur Victor Hugo
En ce Château des Roches où flotte encore son ombre
Et qui lui inspira les Rayons et les Ombres.
 
Gourmet impénitent, j’ai pu faire bombance
De lapins, de volailles à m’en péter la panse
Aux tables des auberges au décor chaleureux,
Mariant le plaisir du palais et des yeux
Avant que de faire fondre, à grands coups de pédale,
Les calories acquises, à la ligne fatales.
 
De Savigny sur Orge, où vint Chateaubriand,
A Verrières et son miel, dont je suis si friand
Ou Soisy sur Ecole et ses souffleurs de verre,
Les vitraux de l’église, Saint Sulpice de Favières,
Basilique ou musée, château, cloche qui sonne,
Partout m’est le plaisir du retour en Essonne.
 
Ô.Ravan-2005
Tu m’attendais

Tu m’attendais, devant ce bar enfumé,
Dans l’air froid de cette fin de matinée.
Très vite, nous avions fui odeurs et bruit
Et, attaché déjà, je t’avais suivie.
 
Ce mois de février, dans l’hiver glacé,
Serrée dans ce long manteau matelassé,
Tu ne m’as pas montré ton espoir anxieux
Et moi je n’ai vu que l’éclat de tes yeux.
 
La vie m’avait écorché et lacéré,
J’étais méfiant comme un animal blessé
Cachant au fond de moi, comme une faiblesse
Toute une insondable réserve de tendresse.
 
Tant d’années ont passé, tissant notre amour
Plus fort, plus beau, plus tendre de jour en jour.
Effacées les craintes, les révoltes, les colères
Et guéries les blessures au goût si amer.
 
Dans cette maison que nous avons choisie,
Au cœur de ce Morvan s’écoule notre vie,
Ton sourire m’effleure, doux comme une caresse,
Dans mes bras serrée, ma belle enchanteresse.
 
Ô.Ravan-Un 13 février…
 
Un jour, l’oiseau
 
Un jour, l’oiseau ouvre ses ailles
Et il s’envole pour n’importe où,
Vers l’aventure qui l’appelle,
Pourvu que ce soit loin de tout.
 
Il veut tout connaître et tout voir ;
Prendre l’air aux Îles sous le Vent
Et se baigner dans la mer noire,
Être partout en même temps.
 
Pour savoir où part le soleil
Quand il s’en va derrière les dunes,
Il monte très haut dans le ciel,
Sans pouvoir décrocher la lune.
 
Un jour, comme lui je suis parti,
Le cœur tout neuf et plein d’espoir,
Du pays où j’avais grandi,
Graver mon nom dans l’univers.
 
J’avais vingt ans, je me souviens,
Le monde n’attendait que moi
Et, tout à portée de ma main,
Ma place était parmi les rois.
 
Je n’ai pas gagné de couronne,
Ni trouvé où dort le soleil.
Ma vie se passe, monotone,
Mes jours sont chaque jour pareils.
 
J’ai eu puis passé la trentaine,
Il est encore long le chemin
Qui me mène à la septantaine,
Que toi déjà, tu as atteint.
 
Il est des mois et des années
Qui sont autant de temps perdu,
Qu’on ne peut jamais rattraper,
Malgré nos efforts éperdus.
 
Un jour enfin j’ai réussi
À prendre ce nouveau départ
Pour nous voir enfin réunis,
Mais il était, hélas trop tard.
 
Lorsque le train quitte le quai,
Courir est vain et superflu.
Bien malgré moi, je l’ai manqué
Maman, puisque toi, tu n’es plus.

Ô.Ravan-1979-2022
 
Elles et Iui
 
Elle, c’était Marguerite et lui, Manuel
Leurs prénoms commençaient joliment par aime.
Elle ne voyait que lui qui ne voyait qu’elle,
Qu’il appelait Margot en battant sa crème.
 
Car la cuisine était son domaine à lui
Qui régalait son monde d’une simple omelette
Comme d’un mets mijoté, toujours réussi
Pieusement mariné en cassolette.
 
Ces deux êtres si doux, si chers à mon cœur,
Si simplement heureux de donner toujours
D’eux-mêmes, tellement, sans cesse, à chaque heure,
Pour qui l’empathie se vivait sans détour.
 
À ces deux là, je me dois à l’évidence
De joindre Marie oui, leur fille, la troisième,
La modeste, offrant sa bonté en silence,
Dont l’initiale rimait encore avec aime.
 
Autant Marguerite était vive et joyeuse,
Trottinant sans heurt à parfaire sa tâche,
Autant Marie n’était jamais plus heureuse
Qu’à œuvrer dans l’ombre, comme dans  une cache.
 
Elle portait à tort, comme un lourd secret,
Comme une tare honteuse, sa naissance difficile
Et la honte injuste de son propre reflet,
Quand son cœur débordait de tendresse fragile.
 
J’ai suivi ma route en un long carrousel
Et j’ai croisé celle de bien des humains.
Mais jamais Marguerite, Marie et Manuel
N’ont quitté ma pensée, au long du chemin.  
 
Ô.Ravan Novembre 2012
Monsieur Tapiéro

Nous l’appelions avec grand respect, Monsieur,
Au Cours moyen premier, notre instituteur.
Son crane chauve et rougeaud nous inspirait
Une prudente réserve qui l’amusait.

Dans notre classe de cette petite ville,
Malgré notre naïveté juvénile,
Nous savions ce qui nous caractérisait.
Nous étions tous des enfants d’ouvriers.

Héritier de cet esprit des hussards noirs
De la République, missionnaires du savoir
Du siècle précédent, Monsieur Tapiero,
De notre instruction avait fait son credo.

Et l’année suivante derrière son pupitre,
Étonnés mais si heureux, à plus d’un titre,
Nous le saluâmes d’un élan spontané
Pour la classe de Cours moyen deuxième année.

Car dans ce temps là, l’accession au collège,
Ne relevait pas du simple privilège
D’avoir achevé ses années de primaire,
Mais du succès d’examen préliminaire.

Et notre maître n’imaginait même pas
De ne pas nous aider à franchir ce pas.
Car il savait que la vie est bien plus dure
À ceux qui ne sont pas nés sous les dorures.

J’ai voulu un jour, bien des années plus tard,
Du destin, ayant reçu la meilleure part,
Remercier cet homme, lui dire combien
De ses leçons j’avais su faire mon chemin.

Il était bien sûr trop tard, puisque nos âges
Avaient, pour nous deux, poursuivi leur voyage.
Quand il était mon maître, j’étais un enfant.
Il avait donc vécu sa vie, simplement.

Nous l’appelions avec grand respect, Monsieur.
Nous ayant tant donné, notre instituteur,
Cet homme, ce grand monsieur, Monsieur Tapiero
Aujourd’hui encore, je le vois en héros,.

Ô.Ravan novembre 2022

A la rencontre du printemps

Une hirondelle fait le printemps,
J’ai laissé la porte de la remise ouverte,
J’attends...

Couché sur la terre fraichement retournée,
Mon chat s’étire,
Ebloui par les premiers rayons du soleil.
 
S’asseoir sous le cerisier en fleurs,
Se laisser aler  au bonheur,
Passé, présent, futur...
 
Les promeneurs,
Dans les bois, sur les chemins,
Nez au vent, regards heureux, le printemps.
 
Depuis ce matin, muni de sa bêche,
Le voisin dans son jardin,
Travaille la terre sans relâche.

Dans le pré tout vert,
J’ai vu des petits veaux courir et bondir,
Tels des enfants ils s’amusaient.
 
Mes petits enfants cueillent les  violettes,
Dans quelques instants,
Le petit bouquet maladroit sera pour moi.
 
Lentement, délicatement,
La glycine s’ouvre et s’étend,
Promesse d’ombre pour les chaudes journées d’été
 
Princière, la huppe fasciée,  
M’a fait l’honneur de s’installer
Dans le mur de ma maison.                                                               
 
Odile S.
Apparition

Ce soir,le ciel est bleuté...

Dans le lointain
tout est apaisé.
Flottant sur de sombres et lascives nuées
des arborescences finement esquissées
semblent figées
c'est certain.

Puis, un point lumineux,
un halo, une traînée...
Entre lumière et obscurité,
l'astre de la nuit se dégourdit
et orne les bois noueux
d'une couronne dorée.

Ce soir, le ciel s'est enflammé...

Les immenses vaisseaux noirs
des ramées tourmentées
implorent et remercient
la gardienne du soir
du merveilleux don de vie
chaque jour renouvelé.

Ce soir, dans la chaleur du ciel orangé...
sur son visage arrondi,
se dessine un sourire vainqueur...
sublime reflet de la puissante volonté
qui a balayé la morne froideur
et chassé les chimères de l'envie..
Au-delà des mers,

Dans le quadrillage sévère
De Rochefort, cité guerrière
Une porte grisâtre
Est là, muette et close,
Mais au-delà, rêvons…

Ouvrons, perçons ce mystère
Ne pas y aller, c’est l'oubli
L'oubli de l’aventure
Des parfums enivrants
De l’Orient.

D’Aziyadé, le souvenir tenace
Le marin ne se détache
Ne peut oublier la folie,
Envoûté par la magie
De ce corps à peine effleuré
Discrètement voilé de vaporeuses nuées…

Et derrière les volets clos
D’une austère façade, il a conservé
Bien enfermé pour l’éternité
Le doux souvenir
Des lointaines contrées
Grâce à son vaisseau rencontrées.

Le poète a remplacé
Le navigateur dérouté
Et dans cet écrin figé
a tendrement reconstitué
ce décor déboussolé
pour le passant médusé….

Qu'importe maintenant la cité
qu'importent les vents, les marées,
il lui reste , bien cachée,
cette part de liberté,
si précieusement conservée,
tel un sésame figé

FP/B,Rochefort ; mai 2009 ; souvenir P.Loti
Ballade d'automne

Quelques légers pétales parme
Soudain réveillent le charme,
et, d'une touche appuyée
ont vainement ravivé
les notes gaies de l'été.

Les couleurs finissantes
de la Nature déclinante
s'obstinent et résistent...
Dans les sillons languissants
mille reflets ondulent...

Les ombres et les lumières
d'octobre, joyeux feux follets,
sur l'ocre de la Terre,
ont délicatement flatté
et ravi, un regard attardé.

Dans ce paysage banal
quelques souffles discrets
d'une brise automnale
ont doucement murmuré
« encore une année terminée »...

FP/B 2014
comme une ode au printemps

« oiseau de limpidité
onde musicale sublimée
partage l'amour »

« souffle de cristal
murmure des trilles ciselées
oiseau de printemps »

« perle printanière
redonne la liberté
à un cœur froissé »

concerto pour flûte et orchestre - 23 mars
L’eau

Je suis l’eau qui arrive du plus profond de la terre,
Je m’insinue, insiste,  me faufile, je  jaillis enfin  et deviens la source d’un petit ruisseau qui sera ou ne sera pas une grande rivière.
Je suis l’eau qui apaise la soif.
Je suis la neige, la pluie,
J’aime venir gonfler le torrent dévalant et devenant cascade le long de la montagne offrant aux promeneurs une vision magnifique.
Je suis l’eau paisible et claire qui coule dans les petites fontaines, écoutez mon clapotis, ne vous lassez pas de me regarder et de vous mirer, prenez le temps je suis si précieuse.
Dans la rivière, je suis en abondance quand arrive le printemps, les poissons sont heureux, ils jouent et  se cachent sous les pierres que j’ai  emportées avec moi.
Je suis l’eau du ruisseau qui traverse les forêts et les prés,  qui va abreuver les bêtes et qui va les rafraichir sous le chaud soleil d’été.
Je suis l’eau dans laquelle s’ébrouent les oiseaux.
Je suis l’eau avec laquelle s’éclaboussent les enfants, leurs joies et leurs cris me procurent un bonheur intense...
Hélas, tout n’est pas si rose pour moi,
Je suis l’eau que l’on pollue, que l’on gaspille à tout va, que l’on empoisonne.
On me force parfois à contourner mon chemin pour suivre une rivière artificielle ;
Alors, il m’arrive de me venger, j’entre dans une colère immense, je gronde, j’emporte tout sur mon passage et puis je retourne dans ma chère rivière couler des jours paisibles...
Je suis l’eau qui manque cruellement dans certains endroits de la planète où  lorsque l’on me trouve, il faut déjà penser à m’économiser.
Je suis l’eau indispensable à tout,
Préservez-moi, gardez moi belle et pure,
Prenez le temps de penser à moi,
Vous savez bien sans moi plus de vie....

Odile S.

Un agent du Trésor Public poète à ses heures (joyeux et généreux)
écrit à un fraudeur professionnel du fisc.

Très cher petit contribuable,

Moi qui suis un humble agent des impôts
Je me permets de vous écrire ces quelques vers,
Bien que le papier choisi ne soit pas le plus beau,
Veuillez recevoir cette missive épistolaire.
 
J’ai bien pensé à vous mon cher Ami,
Lorsque l’autre jour j’ai survolé votre propriété,
Il m’a semblé, bien qu’en partie cachée par un abri,
Apercevoir le bleu d’une piscine joliment entourée.
 
Sous les splendides chênes centenaires de votre parc,
C’est bien une voiture de marque italienne que j’ai vue,
Très cher ami collectionneur, je vous le dis du tac au tac,
Il y avait un cheval sur le capot, je n’ai pas la berlue.
 
Cher ami navigateur, je ne vous parlerai pas de votre bateau
Naviguer au gré de ses envies est tellement formidable,
Je veux bien vous croire quand vous dîtes qu’il s’agit d’un simple canot,
La dernière fois vous étiez 15 à embarquer, ça devait être très agréable.
 
Profitant de ma journée de RTT et  assis à la terrasse du café,
L’autre jour je vous ai vu, cher amateur d’art,
Sortir à grand pas de la galerie d’art, un tableau sous votre manteau bien caché,
Je me trompe peut être mais je crois que vous  filiez dare-dare.
 
Mon pauvre ami, quand je pense à la maigre pension que vous percevez,
Et à tous les sacrifices que vous êtes forcément obligés de faire,
Je ne peux que m’incliner devant tant d’abnégation et d’habileté,
Et ne peux que vous vouer une admiration secrète et sincère                                                                                                      
Votre Serviteur

Odile S.
UNE MECHE DE CHEVEUX

« Une mèche de cheveux », ce morceau ma mère me le chantait,
Elle profitait d’un moment de calme l’après midi et commençait :
« Au fond de mon grenier blotti dans un tiroir »  et je me voyais l’ouvrir
Ce fameux tiroir et trouver, enveloppé dans du papier de soie  comme un trésor,
Une mèche de cheveux blonds, si fins,  si doux au toucher,
A qui appartenait-elle ? A un enfant ? A un amour perdu ?
Et d’une voix  monocorde ma mère continuait la chanson :
« Une mèche des cheveux qu’un jour j’ai caressés. »
Et soudain d’une voix claire elle montait d’un demi-ton : « qui venait ressusciter
Le souvenir d’un temps heureux, le doux mirage d’un été »,
Je fermais les yeux et me laissais bercer par la mélodie,
Et je continuais à rêver et j’aurais voulu qu’elle ne s’arrête jamais !
                                                                                                   
Odile S.
Solstice d'hivers

D’un pas du temps, le rythme s’inverse.
Ascendance imperceptible d’une nouvelle ère.
Les ténèbres refluent.
Evènement inaperçu pour nos sens engourdis.
Avides, seules nos âmes ont tressailli.
Vigies de nos corps qui sombraient.
Ce miracle que nous espérions nous renfloue.
L’attente voit son terme
Dans la lumière pointant à l’horizon.

Philippe C.
Cercy la Tour 2022
= (égal)

Deux traits parallèles
Comme venus du Tao
Augure
Ouvrant sur deux infinis.
Une présence au monde.
Tous naissants.
Tous dénaissants.
Espace et Temps attitrés,
Nous évoluons
Entre ces deux droites
Résolument égaux.

Philippe C.
Cercy la Tour 2022
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